SUROBI (Afghanistan) — A la mi-mai, quand on nous a demandé, à l'Escadron du génie de la Force opérationnelle à Kaboul, d'aider l'Escadron de reconnaissance de la Brigade multinationale de Kaboul dans ses opérations, nous nous attendions à devoir tout simplement effectuer une reconnaissance d'itinéraire motorisée.
Mais, les besoins opérationnels étaient tels qu'on nous a demandé, à moi et au Sergent Mathieu Allard, d'accompagner une section du peloton de RECO canadien et le peloton slovène de RECO lointaine, afin de faire à pied la RECO d'itinéraire. La tâche s'est avérée monumentale.
Des membres du peloton slovène de reconnaissance lointaine et des ingénieurs canadiens s’inclinent à cause de la pente à monter.
La patrouille a facilement parcouru les quelques kilomètres à franchir. Puis, nous avons laissé derrière la section du peloton canadien de RECO, pour qu'elle serve de point de relais radio avec le Camp Julien. Ensuite, nous étions censés accompagner le contingent slovène sur un parcours circulaire de 22 km, qui nous ramènerait au point de retransmission radio. Peu après midi, nous avons donc repris la route vers le sud à la recherche d'un prétendu col.
Après avoir marché environ 13 km, nous avons trouvé le fameux col. À notre grand désarroi, nous avons vu qu'il nous ferait grimper en pente raide jusqu'au sommet. Pour terminer notre reconnaissance de l'itinéraire, c'est donc ce que nous avons fait, atteignant le sommet vers la tombée du jour imminente, à l'altitude dramatique de 3 400 m au-dessus du niveau de la mer.
Nous avons marqué une courte halte, fort appréciée du groupe, pour entamer ensuite la descente périlleuse de l'autre versant de la montagne, nous dirigeant progressivement à nouveau vers le nord.
Le soleil s'était déjà couché derrière les montagnes quand nous avons heurté l'obstacle suivant.
La vallée que nous avions descendue nous avait conduits dans un ravin escarpé aux roches anguleuses, où nous voyions très mal. Pas abattus pour autant, nous avons rebroussé chemin afin de trouver une autre voie, ce que nous avons réussi à faire, une fois la nuit bel et bien tombée.
Or, nous n'étions pas au bout de nos peines, le groupe ayant perdu le contact avec le point de relais radio.
Pour rétablir le contact, nous avons dû zigzaguer dans des vallons encore plus menaçants et sinueux. Nous avons fini par rétablir la communication à 2 h, au terme de 19 km de patrouille. Comme il n'avait pas pu communiquer avec nous depuis plusieurs heures déjà, l'escadron de RECO était à quelques minutes de dépêcher des hélicoptères à notre recherche.
À 3 h 30, nous avons retrouvé la section du peloton canadien de RECO pour franchir les sept kilomètres qui nous séparaient de la sécurité et du confort relatif de nos véhicules. Ces derniers kilomètres, nous les avons parcourus tranquillement, nous arrêtant souvent pour nous reposer et prendre de l'eau. Cela nous a permis d'assister au spectacle radieux du lever du soleil sur l'Afghanistan, rendu éblouissant par le reflet de la neige au sommet des montagnes.
Le soleil se lève sur les collines de la province de Kandahar.
Pour finir, nous venions de vivre une épreuve d'endurance physique et mentale à patrouiller pendant un peu moins de 24 heures sur plus de 34 km des terrains les plus rudes et impitoyables au monde.
Tout au long de l'épreuve, le Sgt Allard et moi avions incarné la devise du Génie : « Premiers arrivés, derniers partis. »
Article par le Caporal Darrel Horton
Photos par le Lieutenant Klem Mijatov